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Claude et GPT sur Google Cloud : même modèle, autre contrat

Géré par Google, géré par Anthropic ou en direct : qui exploite, qui traite vos données et quelles fonctions vous obtenez
23 octobre 2026 by
Claude et GPT sur Google Cloud : même modèle, autre contrat
Odoo & AI Skills LLC

En trois jours, Google Cloud s'est présenté comme le seul grand nuage qui donne accès à Gemini, à Claude et aux derniers modèles d'OpenAI. Sur le papier, du moins. Le 21 octobre, les modèles GPT-6 sont entrés dans son catalogue, en aperçu privé. Le 22, Anthropic a ouvert une seconde façon d'utiliser Claude depuis un projet Google Cloud, opérée cette fois par Anthropic lui-même.

Pour une équipe, la question pratique n'est plus « Claude est-il disponible chez Google ? » : il l'était déjà. Elle devient : par quel guichet passer. Le modèle est le même, le prix catalogue aussi. Ce qui change, c'est qui exploite le service, qui traite vos données, quelles fonctions sont disponibles et où la requête est exécutée.

Cet article compare les trois chemins vers Claude et fait le point sur celui d'OpenAI, à partir de la documentation officielle relue le 23 octobre 2026.

Ce qui a bougé du 21 au 23 octobre

Deux annonces se sont suivies, et elles ne sont pas de même nature.

La première vient de Google Cloud, le 21 octobre : les modèles d'OpenAI entrent dans Model Garden. Trois modèles sont nommés : GPT-6 Astra, GPT-6.1 Sol et GPT-6 Luna. Ils sont réservés, pour l'instant, à « certains clients entreprises », en aperçu privé, et l'accès se demande par formulaire. Google affirme être désormais le seul grand fournisseur de nuage à proposer les trois principaux modèles fermés. C'est l'éditeur qui le dit.

La seconde est une disponibilité générale. Anthropic l'inscrit dans ses notes de version à la date du 22 octobre, et Google la commente le lendemain dans un billet daté du 23 : Claude géré par Anthropic, accessible depuis un projet Google Cloud. L'offre historique, gérée par Google, reste en place. Selon Google, les deux options donnent accès aux nouveaux modèles dès leur sortie, au même prix et sur la même facture Google Cloud. Toujours selon Google, elles diffèrent sur deux points : qui est le sous-traitant de vos données, et à quel moment les nouvelles fonctions de la plateforme vous parviennent.

Ce n'est pas un détail de tuyauterie. Votre service juridique, votre délégué à la protection des données et votre équipe de développement ne choisiront pas la même option pour les mêmes raisons.

Guichet 1 : l'API Claude, en direct

C'est le point de référence. Vous créez une organisation chez Anthropic, vous générez une clé et vous appelez api.anthropic.com. La documentation d'Anthropic le précise : si c'est ainsi que vous travaillez, vous n'utilisez aucune des deux offres Google.

Ce chemin reçoit toutes les fonctions dès leur sortie. Les prix publiés au 23 octobre sont de 4 $ par million de jetons en entrée et 20 $ en sortie pour Claude Opus 5.5, de 2 $ et 10 $ pour Sonnet 5.5, et de 0,10 $ et 0,50 $ pour Haiku 5.5 sur les requêtes jusqu'à 100 000 jetons. Pour la localisation, le paramètre inference_geo n'accepte que deux valeurs, « global » ou « us », et l'exécution limitée aux États-Unis est facturée 1,1 fois le tarif standard. La documentation ne prévoit pas d'exécution limitée à l'Europe sur ce chemin.

Sa limite tient au contrat et non à la technique : c'est un fournisseur de plus, avec sa facture, ses conditions et sa gestion des accès à part. C'est exactement ce que les deux autres guichets cherchent à vous éviter.

Guichet 2 : Claude géré par Anthropic, facturé par Google

C'est la nouveauté de la semaine. Le service est l'API Claude elle-même, exploitée par Anthropic, mais vous y entrez par votre projet Google Cloud. La documentation de mise en route décrit un parcours en quatre temps : souscription dans Google Cloud Marketplace, activation de deux services sur le projet, création d'une organisation Anthropic, puis ouverture de la console Claude depuis la console Google.

Capture de la documentation d'Anthropic, page Claude Models on Google Cloud, prise le 23 octobre 2026 : tableau How the two Google Cloud offerings differ, qui compare l'offre gérée par Anthropic et l'offre gérée par Google. Surface d'API (points d'accès de l'API Claude contre points de prédiction d'Agent Platform), format de requête, flux, localisation (global contre point mondial, multirégional ou régional), identifiants de modèles, services à activer, organisation Anthropic nouvelle ou aucune, facturation (Google Cloud Marketplace contre usage Agent Platform) et limites de débit (gérées par Anthropic contre par Google Cloud).

Capture de la page « Claude Models on Google Cloud » de la documentation d'Anthropic, prise le 23 octobre 2026. Source : Anthropic. Le tableau compare l'offre gérée par Anthropic (colonne du milieu) à l'offre gérée par Google (colonne de droite).

Ce qui change par rapport au guichet 1 :

  • Plus de clé d'API. L'accès passe uniquement par les identités Google Cloud (le système de droits, IAM) et trois rôles dédiés (lecture, utilisation, administration). Vous ne pouvez pas créer de clé dans cette organisation.
  • La facture est celle de Google. Anthropic mesure l'usage et le déclare à Google en « Claude Consumption Units », à 0,01 $ l'unité. La dépense compte dans vos engagements Google Cloud comme tout achat Marketplace, et Anthropic n'émet pas de facture séparée.
  • Anthropic reste le sous-traitant des données, sous ses propres conditions commerciales. La documentation ajoute que certains services annexes, comme les systèmes de sûreté d'Anthropic, traitent des données hors de Google Cloud.
  • Les fonctions arrivent dès leur sortie : agents gérés (en bêta selon Google), skills, exécution de code, récupération de pages web, fichiers, traitements par lots. Les clés de chiffrement gérées par le client (CMEK) sont disponibles, via le service de gestion de clés de Google, Cloud KMS.
  • Les limites de débit sont fixées par Anthropic, pas par Google. Pour les relever, il faut passer par Anthropic.

Côté localisation, la requête est envoyée à un emplacement unique, global. Seule une exécution limitée aux États-Unis peut être imposée, requête par requête, et la documentation lui applique le même coefficient de 1,1 que sur l'API directe. Les réglages de géographie d'inférence sont en lecture seule. Surtout, la géographie de l'espace de travail y est fixée à « us » : les données stockées et certains traitements, comme l'exécution de code, sont rattachés aux États-Unis.

Guichet 3 : Claude géré par Google, dans Agent Platform

C'est l'offre historique, longtemps appelée « Claude sur Vertex AI ». Google exploite les modèles dans Agent Platform, et chacun s'active depuis sa fiche Model Garden. Google est le sous-traitant, dans le cadre de vos accords Google Cloud existants. Son billet du 23 octobre met en avant VPC Service Controls (le périmètre de sécurité réseau de Google Cloud), les clés de chiffrement gérées par le client et la résidence des données aux États-Unis, dans l'Union européenne ou en Asie-Pacifique.

La documentation d'Anthropic consacrée à cette offre apporte trois précisions que le billet ne donne pas.

  • La localisation se paie. L'appel peut viser un point d'accès mondial, multirégional (« us » ou « eu ») ou régional. Les points multirégionaux et régionaux coûtent 10 % de plus, et les points régionaux ne servent que Claude Sonnet 4.6 et les modèles antérieurs. Pour un modèle récent avec une résidence européenne, c'est donc le point multirégional « eu ».
  • Une partie de la plateforme n'est pas disponible. Entre autres : pas de fichiers, pas d'exécution de code côté serveur, pas de récupération de pages web, pas de skills, pas de traitements par lots, pas d'agents gérés. Google indique seulement que les nouvelles fonctions arrivent « une fois intégrées », sans calendrier ni liste.
  • Le calendrier de retrait des modèles appartient à Google et peut différer de celui d'Anthropic. Un modèle peut donc disparaître à une date différente selon le guichet. C'est un cas concret du problème des modèles qui changent sous un même nom, traité dans l'article proposé en fin de page.

Il reste deux points techniques. La requête est plafonnée à 30 Mo, une limite qu'on peut atteindre avec des documents volumineux avant celle des jetons. Et la journalisation des requêtes et des réponses se fait côté Google : Anthropic recommande d'en conserver au moins trente jours.

Et GPT ? Un aperçu privé, pas encore un choix

L'annonce d'OpenAI chez Google se lit avec la même prudence que tout aperçu. Ce qui est écrit : les trois modèles GPT-6 sont « en cours de déploiement » pour des clients sélectionnés. L'usage passe par Google Cloud Marketplace, sur la facture Google, et il compte dans les engagements et les Flexible Savings Plans (les plans d'engagement de dépense de Google Cloud). Les outils Codex d'OpenAI, en ligne de commande et sur poste de travail, peuvent s'y brancher. Ce qui est annoncé « bientôt » : l'option de conservation zéro des données, l'informatique confidentielle, et l'arrivée de ces modèles dans Gemini for business et Antigravity.

Ce qui manque : aucun prix n'est publié. Nous n'avons pas pu consulter le billet d'OpenAI, et nous n'avons pas trouvé de documentation technique de Google pour ces modèles à cette date. Pour l'instant, on ne peut donc pas les comparer aux options Claude. Si vous voulez réserver une place, le formulaire de Google est la seule porte d'entrée.

Les trois guichets Claude, côte à côte

Critère API Claude directe Google Cloud, géré par Anthropic Google Cloud, géré par Google
Qui exploite Anthropic Anthropic Google (Agent Platform)
Sous-traitant des données Anthropic Anthropic, conditions commerciales d'Anthropic Google, accords Google Cloud existants
Accès Clé d'API Identités Google Cloud, sans clé Identités Google Cloud
Facture Anthropic Google (Marketplace), engagements consommés Google, engagements consommés
Prix Tarif standard, ×1,1 si exécution limitée aux États-Unis Tarif standard, ×1,1 si exécution limitée aux États-Unis Tarif standard, +10 % hors point mondial (modèles récents)
Fonctions nouvelles Dès leur sortie Dès leur sortie Une fois intégrées ; plusieurs absentes au 23/10
Localisation imposable États-Unis (×1,1) États-Unis, requête par requête (×1,1) États-Unis, Union européenne, régions
Géographie de l'espace de travail (stockage) « us », seule valeur disponible « us », non modifiable Sans objet (régi par Google)
Limites de débit Anthropic Anthropic Google

Relevé sur la documentation d'Anthropic et le billet de Google Cloud, le 23 octobre 2026.

Le tableau montre un point qui se perd dans les annonces : « sur Google Cloud » ne veut pas dire « chez Google ». L'offre gérée par Anthropic utilise la facture et les identités Google, mais vos requêtes sont traitées par Anthropic, sous les conditions d'Anthropic. Si votre analyse d'impact a été écrite pour Google comme sous-traitant, elle ne couvre pas automatiquement ce nouveau guichet. Les règles de prudence de RGPD et IA : ce qu'on a le droit (ou pas) de mettre dans ChatGPT s'appliquent à chaque chemin, pris séparément.

Choisir en trois questions

Une fois les détails mis de côté, le choix tient en trois questions, à poser dans cet ordre. La première relève du contrat et l'emporte sur les deux autres.

Schéma en trois questions pour choisir comment appeler Claude sur Google Cloud. 1 : votre contrat exige-t-il Google comme sous-traitant, une résidence en Europe ou VPC Service Controls ? Si oui, offre gérée par Google dans Agent Platform, ex-Vertex AI. 2 : avez-vous besoin dès leur sortie des agents gérés, skills, exécution de code, fichiers, lots ? Si oui, offre gérée par Anthropic facturée par Google, ou API Claude directe. 3 : la dépense doit-elle passer sur la facture Google Cloud ? Si oui, l'une des deux offres Google ; sinon, API Claude directe. Pied : les modèles GPT-6 sont dans Model Garden en aperçu privé, sans prix publié, au 23 octobre 2026.

Schéma AISkillsPro, d'après la documentation d'Anthropic et le billet de Google Cloud relus le 23 octobre 2026.

Si votre cadre impose Google comme sous-traitant ou une exécution en Europe, la réponse est le guichet géré par Google, quitte à attendre certaines fonctions. Si vous construisez des agents qui ont besoin des fonctions récentes de la plateforme, ce guichet ne suffit pas encore, et le choix se fait entre l'offre gérée par Anthropic et l'API directe selon la facture que vous préférez. La question de la résidence des données en Europe mérite d'être posée avant de signer, car la réponse n'est pas la même d'un guichet à l'autre.

Rien n'empêche d'utiliser deux guichets en parallèle, par exemple l'offre de Google pour les données sensibles et l'API directe pour les prototypes. C'est même une façon de ne pas dépendre d'un seul canal, comme l'explique Ne pas dépendre d'un seul fournisseur d'IA. Dans ce cas, une passerelle de routage devant vos appels évite de disperser la logique de choix dans le code.

Un protocole pour vérifier par vous-même

Ce que vaut chaque guichet pour votre usage, seule une exécution dans votre projet peut le dire. Voici un protocole court et reproductible, à mener sur un projet de test.

Le mouvement de la semaine est bien réel : Google Cloud devient un point d'accès à Claude, à Gemini et, en aperçu privé, à GPT, et les éditeurs de modèles acceptent d'être vendus sur la facture d'un concurrent. Pour vous, cela ajoute surtout une ligne à vérifier dans chaque contrat. Le reste du marché est suivi dans le radar IA.

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